Entretien avec Xavier CARRIOU
Entretien avec Xavier CARRIOU, Fondateur d’Acouphénia “J’invente le futur.” Xavier CARRIOU L’HOMME DERRIERE LA VISION Qu’est-ce qui vous a personnellement amené à vous spécialiser dans la prise en charge des
Quelles valeurs personnelles vous guident dans votre pratique quotidienne en ORL et avec Audya ?
Le souci d’apporter des réponses aux problématiques que rencontrent les patients dans leurs parcours de soins. Audya n’est pas différent d’un acte médical en ce sens que l’outil améliore la prise en charge des patients dans ce parcours audiologique.
Pouvez-vous nous parler d’un moment où vos valeurs personnelles ont influencé une décision importante dans votre carrière.
Je n’ai pas d’exemple précis; mais j’ai toujours eu la préoccupation de faire le maximum pour résoudre les soucis de mes patients.
Comment décririez-vous votre style de communication avec vos patients? Avez-vous une approche particulière pour les mettre à l’aise ?
J’adopte une communication très directe, simple, proche d’eux, mais centrée sur leur problème. Je leur parle aussi de leur mode de vie, de leur vie professionnelle, personnelle à la fois parce que c’est important dans la prise en charge mais également pour établir une relation plus globale. Je reste toujours disponible pour les questions, et ai l’habitude de dessiner ou schématiser leur problématique pour qu’ils conservent un document simple, moins médicalisé que la lettre plus formelle adressée à leurs médecins.
En dehors de votre travail, quelles sont vos passions et comment influencent-elles votre pratique médicale ?
R/ le sport, la cuisine et les amis. Faire du sport est indispensable dans l’équilibre global. Sans un échappatoire, le rythme de travail exigé par les soins et notamment les activités chirurgicales est difficile à tenir.
Ya-t-il une personne ou un événement qui vous a particulièrement inspiré dans votre parcours ?
Oui le Professeur André Chays, qui a été un de mes enseignants à la Faculté de Médecine en tant qu’étudiant, puis une fois interne. C’est un esprit brillant, ingénieur et médecin, d’une grande gentillesse avec ses patients, tout en étant un grand patron.
Savoir garder cette simplicité a toujours été une source d’inspiration.
Comment gérez-vous le stress et les défis émotionnels de votre profession?
C’est notre métier et on apprend assez tôt à dissocier les émotions des activités médicales. Cela ne veut pas dire que l’on supprime les composantes émotionnelles, mais on sait les mettre de côté le temps des soins invasifs.
Pouvez-vous partager une expérience où vous avez senti que votre travail a vraiment fait une différence dans la vie d’un patient ?
Oui, lorsqu’un patient a pu reprendre son activité de pianiste semi-professionnel 20 ans après, grâce à la chirurgie d’implantation auditive
Il a clairement dit:
“Je ne pouvais plus jouer avec une seule oreille. Avec l’implant Carina, vous ne m’avez pas rendu la seconde oreille, mais vous m’avez redonné mais seconde main“.
Quels aspects de votre personnalité pensez-vous que vos patients apprécient le plus ?
La disponibilité et l’écoute, le sentiment de compréhension et de prise en charge de leur problème.
Comment vos proches décriraient-ils votre engagement et votre passion pour votre métier ?
Envahissante, débordant un peu trop sur l’espace privé.
Mais mes 3 enfants font médecine, preuve peut-être qu’ils ne sont pas si traumatisés !
"Pouvoir réséquer une tumeur du nerf auditif en préservant l'audition n'est pas toujours possible, mais lorsqu'on y parvient, c'est extraordinaire pour le patient."
Dr Arnaud Deveze
Qu’est-ce qui vous a donné envie de choisir l’ORL comme spécialité ? D’où cela vous vient ?
La rencontre passionnante avec le Pr Chays et le Pr Magnan, lors des conférences d’internat faites au CHU de Marseille. J’ai découvert des gens passionnés et passionnants, qui sublimaient leur spécialité ORL, qui reste un peu “confidentielle” pour des étudiants en médecine.
Pouvez-vous partager une expérience marquante ou un cas particulier en chirurgie de l’oreille ?
Je suis passionné par l’oto-neurochirurgie et la chirurgie des neurinomes. Pouvoir réséquer une tumeur du nerf auditif en préservant l’audition n’est pas toujours possible mais lorsqu’on y parvient, c’est extra-ordinaire pour le patient.
Comment vos recherches en biomécanique acoustique influencent- elles votre pratique de tous les jours ?
Énormément, car les travaux que nous avions réalisés sur les couplages ossiculaires et le modèle de conduit auditif (influence de l’angle tympanique antérieur) sont de vrais guides pour la pratique quotidienne.
Quelle innovation en ORL vous a le plus marqué ?
La mise au point des microphones implantables de l’implant Carina, qui a malheureusement été retiré faute de rentabilité.
L’invisibilité des dispositifs auditifs implantables est une absolue nécessité si l’on veut traiter plus de personnes.
"Un audioprothésiste est un professionnel de santé qui a à cœur d'améliorer la vie de ses patients. Les échanges avec les ORL sont toujours indispensables, que ce soit pour les cas simples ou complexes."
Dr Arnaud Deveze
Pour vous, quelle est l’importance de la collaboration entre ORL et audioprothésistes ?
Elle est primordiale.
Un audioprothésiste est un professionnel de santé qui a coeur à améliorer la vie de ses patients. Les échanges avec les ORL sont toujours indispensables, que ce soit pour les cas les plus simples (optimisation de l’appareillage d’une presbyacousie), mais encore plus pour les cas complexes. En réhabilitation auditive, il y a rarement 1 seule solution. Trouver la meilleure des solutions ou combiner une stratégie nécessite de collaborer avec l’audioprothésiste.
Les réseaux de soins de professionnels de qualité sont indispensables à organiser au bénéfice des patients. On doit pouvoir identifier les bons acteurs.
Comment cette collaboration améliore-t-elle le parcours de soins des patients avec des troubles auditifs ?
Tout simplement en accélérant la prise de décision pour la meilleure option pour le patient. Le parcours de soins est facilité par les échanges, et le patient est à la fois mieux pris en charge mais aussi plus rapidement.
Quels défis rencontrez vous dans cette collaboration et comment les gérez-vous ?
Il y en a plusieurs.
Les plus importants sont la sécurisation des informations (on reçoit encore trop de mail ou de SMS qui ne sont pas confidentiels et qui en plus sont dissociés du dossier patient); le second la centralisation des informations de santé et enfin l’identification des bons acteurs.
C’est la raison de la création d‘Audya, pour sécuriser cette communication, l’attacher au dossier patient et cartographier pour le patient les acteurs les plus pertinents sur le plan de la prise en charge.
Avez-vous une anecdote où cette collaboration a vraiment fait la différence pour un patient ?
Oui, un de nos patients beta-testeur d’Audya a déménagé peu après son implantation auditive.
Grâce à Audya, nous avons pu identifier l’audioprothésiste le plus à même de la prendre en charge, ainsi que le nouvel ORL. Tous ont pu récupérer les éléments du dossier en temps réel, tout en nous permettant de continuer à suivre les bénéfices de cette patiente à distance grâce à Audya, et de manière sécurisée.
Pour ceux qui vous découvrent, qu’est-ce qui vous a inspiré à créer Audya et quelle est sa mission principale ?
Audya est née de la volonté de centraliser et de sécuriser les informations qui sont échangées lors du parcours audiologique d’un patient.
La loi dite “du 100% santé” a formalisé ce parcours, de manière très pertinente, mais sans outil digital, satisfaire aux obligations réglementaires est mission impossible. Créer un carnet de suivi audioprothétique est devenu une évidence.
Audya est en réalité née il y a 10 ans dans sa version test qui était une base de données interne à notre service pour suivre les patients implantés.
Je souhaitais à l’époque faciliter la gestion de ces dossiers implants aux entrées multiples. Les internes avaient de grandes difficultés à récupérer toutes les informations nécessaires à la prise de décision en staff implant. Avec notre base de données informatique développée sur Access (r), nous facilitons le parcours patient.
Comment Audya utilise-t-elle la technologie pour améliorer le suivi des patients implantés cochléaires ?
Le parcours de l’implantation cochléaire est stéréotypé, et fait intervenir plusieurs professionnels de santé de manière asynchrone.
Le patient passe donc des étapes précises et accumule compte-rendus et résultats. Lors de la phase d’adressage, Audya dispose d’un module de télé-expertise qui permet à un audioprothésiste ou un ORL de solliciter un centre d’implant avec un canevas dédié, pour s’assurer de l’indication et ne pas retarder la prise en charge du patient.
Puis, Audya utilise un espace de stockage et de tri documentaire, une messagerie sécurisée, et un agenda, tout ceci avec un indicateur de progression de parcours.
Enfin, Audya incorpore des questionnaires de qualité de vie et de satisfaction dits en vie réelle, qui permettent de monitorer les progrès des patients et de faciliter les études scientifiques.
Ces fonctionnalités améliorent la visibilité sur le suivi du patient.
Quelles sont les prochaines étapes pour Audya et quels objectifs vous êtes-vous fixés pour les années à venir ?
Nous allons considérablement améliorer l’outil, grâce aux différents retours, pour le rendre en phase avec les attentes des patients et des professionnels.
Audya va devenir une application patient plus ergonomique. Nous allons intégrer des outils d’intelligence digitale pour personnaliser le suivi des patients et intégrer des aspects de prévention santé.
Sur le plan des objectifs, nous souhaitons être intégré dans le fonctionnement de plus de centres d’implantations et d’enseignes d’audioprothèses soucieuses de démontrer la qualité de leur prise en charge.
Audya est un tiers de confiance des bonnes pratiques et un facilitateur de gestion de file active.
Comment voyez-vous l’évolution de la technologie dans le domaine des implants cochléaires au cours des dix prochaines années ?
La généralisation du tout implantable sera une étape clé, ainsi que les connexions aux systèmes IOT.
Ceci favorisera l’augmentation du nombre de patients implantés et donc la réduction des personnes en situation de handicap.
Il n’est pas normal que 90% des patients en indication ne soient pas traités aujourd’hui. L’utilisation de technologies de suivi intelligente; comme Audya, est essentielle si on veut prendre en charge plus de patients avec une qualité équivalente sinon supérieure.
Quels sont, selon vous, les plus grands défis que la médecine ORL devra relever dans les prochaines années ?
Le nombre d’ORL stagne et les besoins en évaluations audio-vestibulaires explosent. Développer les activités d’explorations otoneurologiques me semble essentiel.
Trop de jeunes ORL s’intéressent à la chirurgie, et pas assez aux explorations fonctionnelles.
Pourtant, le besoin en évaluation s’accroît à la fois par le vieillissement de la population mais aussi par une meilleure connaissance des troubles audio-vestibulaires.
Les explorations deviennent plus fines et une formation spécifique de haut niveau est indispensable.
Il faut donc motiver nos jeunes ORL.
Quelles technologies émergentes vous semblent les plus prometteuses pour l’avenir de l’ORL ?
Que pensez-vous de l’impact de la télémédecine sur le suivi et le traitement des patients ORL ?
La télémédecine est essentielle à la prise en charge des patients.
De nombreuses problématiques ORL peuvent se gérer à distance, notamment pour les phases de débrouillage (première évaluation) et de suivi.
Je l’utilise quotidiennement. Si on veut prendre en charge plus de patients, nous n’avons pas le choix.
Par contre, cette télésanté doit être encadrée par des outils spécifiques qui cadrent le parcours.
C’est le cas du module de téléexpertise d’Audya, qui contient un canevas permettant de trier les informations nécessaires à une téléexpertise de qualité.
Quels conseils donneriez-vous aux jeunes médecins ou chercheurs intéressés par une carrière en ORL ?
De ne pas hésiter, c’est une spécialité d’avenir, avec de multiples facettes, dont celle de l’otologie. Qui plus est, les ORL sont des personnes en général très ouvertes et sympathiques, ce qui facilite l’intégration des nouvelles recrues.
Si vous pouviez changer une chose dans le système de santé actuel pour améliorer les soins ORL, quelle serait elle ?
Pour l’ORL et pour toutes les spécialités !
Il est urgent de décloisonner les filières publiques et privées. Les passerelles et les partenariats sont plus que faciles à organiser.
Les patients y gagneront en qualité de soins.
Quelle est la leçon la plus importante que vous avez apprise au cours de votre carrière en ORL ?
Il n’y a jamais de certitude en médecine.
On peut faire des erreurs, et chaque erreur est utile. Il faut juste éviter les erreurs dommageables.
De fait, il faut savoir douter et remettre en question ses points de vues, ses connaissances, ses certitudes…
Si vous pouviez inviter un grand médecin ou scientifique de l’histoire à discuter de l’impact d’Audya, :
Qui serait-ce? Quelles questions lui poseriez vous et pourquoi ?
J’inviterai Graeme CLARCK (NDLR: reconnu comme le père de l’implant cochléaire moderne, ses contributions ont transformé la vie de centaines de milliers de personnes sourdes à travers le monde, en leur offrant la possibilité d’entendre et de participer pleinement à la société.
Grâce à son travail, l’implant cochléaire est devenu une technologie largement acceptée et intégrée dans les parcours de soins pour la surdité profonde.)
Le Pr CLARCK a connu l’implant cochléaire depuis ses débuts puisqu’il en est un des pionniers.
La technologie est aujourd’hui plus que mature et progressera encore, mais ce qui n’a pas encore été développé, ce sont les actions de coordination et d’optimisation du suivi pour à la fois mieux prendre en charge les patients mais aussi mieux évaluer les cas d’échecs qui restent parfois mal compris.
Je lui demanderai donc comment mieux utiliser Audya en tant qu’outil de suivi et d’évaluation prospective des résultats des patients implantés, quels algorithmes intégrer dans le logiciel pour mieux comparer les patients et les prises en charge.
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