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Portrait – Professeur Yann NGUYEN

Origines et formation

Pouvez-vous nous parler de votre enfance et de ce qui vous a poussé à choisir la médecine ?

J’ai découvert l’ORL comme tous les étudiants en médecine, en deuxième cycle des études médicales mais plus précisément au cours d’un stage de 2 mois réalisé dans l’équipe du professeur Olivier Sterkers à Beaujon.

Quels ont été vos premiers contacts avec le domaine de l'ORL ?

Étant plus jeune, je me suis toujours projeté dans un métier dans lequel il n’y aurait pas de routine. Je cherchais aussi un métier dans lequel mon goût pour les matières scientifiques pourrait continuer à s’exprimer. La médecine regroupait toutes ces qualités que je cherchais dans un métier puisque le contact avec le patient est différent chaque jour et que le métier évolue tout au long de la vie en fonction du progrès et de l’évolution des connaissances et de la technique. Enfin, un stage de 3e dans un service d’orthopédie m’a définitivement convaincu que c’était ce que je voulais faire. J’avais été fasciné à l’époque par une journée passée au bloc opératoire.

Études
et début de carrière

Pourquoi avez-vous choisi de vous spécialiser en oto-rhino-laryngologie ?

Au cours de mes stages d’externat de second cycle, je savais déjà que j’avais plus d’appétence pour les spécialités chirurgicales que médicales. J’ai hésité entre plusieurs spécialités au sortir du concours de l’internat, mais l’ORL m’a définitivement convaincu après mes deux premiers stages. J’ai beaucoup aimé le caractère à la fois médical et chirurgical du métier avec des techniques opératoires très différentes. Le choix d’une spécialité se fait aussi par une identification aux personnalités qui réalisent ce métier. Et je me suis senti beaucoup plus proche des ORL avec lesquels j’avais travaillé que d’autres chirurgiens.

Quels souvenirs gardez-vous de vos années de formation à l’Université Paris Cité et à la Sorbonne Université ?

Je garde un très bon souvenir de mes années d’étude à la faculté de médecine. Les facultés n’avaient pas encore fusionné et les promotions étaient relativement petites à l’époque, nous étions une centaine à la faculté de médecine de Bichat. De plus, le choix de nos affectations pour les stages hospitaliers était réalisé par ordre alphabétique, ce qui fait que j’ai réalisé la plupart d’entre eux avec les quatre ou cinq mêmes camarades de promotion avec lesquels j’ai pu tisser des liens au cours de nos stages. Une d’entre elles est d’ailleurs devenue ORL. Les cours du soir de préparation à l’internat en petit groupe m’ont aussi permis de rencontrer des étudiants d’autres facs. Nous étions tous en compétition mais les épreuves nous ont soudés finalement.
Après avoir été reçu au concours de l’internat, j’ai choisi la spécialité ORL à Paris, ou plus précisément dans l’interrégion Île-de-France. Nous étions une promotion de six internes uniquement à choisir cette spécialité. Cela nous a permis d’accéder à tous les terrains de stage de notre choix.

Pouvez-vous nous décrire une expérience marquante de vos années d’internat à l'AP-HP ?

Les expériences marquantes au cours des années d’internat ne manquent pas, mais si je devais en citer deux, la première serait ma première garde ORL alors que j’étais interne depuis une quinzaine de jours. On se retrouve immédiatement dans le grand bain avec des responsabilités pouvant, dans certaines circonstances, sauver des patients de situations gravissimes. La deuxième expérience marquante est lorsque l’on réalise pour la première fois sous le contrôle d’un senior une intervention chirurgicale complète. On se sent un peu « chirurgien » pour la première fois.

Développement professionnel

Qu’est-ce qui vous a motivé à poursuivre une carrière académique et hospitalière ?

Plusieurs raisons ont motivé mon choix pour une carrière hospitalière et académique. J’ai trouvé très stimulant le fait de conjuguer la recherche et le soin et surtout d’avoir la possibilité d’appliquer le résultat de ses recherches aux patients. J’ai pu constater cette source de motivation et de dynamique auprès de plusieurs équipes qu’elles traitent à la fois d’otologie, de rhinologie, de cancérologie ou de pédiatrie.
J’ai aussi particulièrement été intéressé par le travail en centre hospitalo-universitaire, en raison du travail en équipe mais aussi par le fait que les niveaux de compétence et les âges soient très variés avec une transmission du savoir à chacun des maillons de la chaîne. Enfin, j’ai compris que la carrière académique et hospitalière offrait une diversité de fonctions par le soin, la recherche, l’enseignement, dans laquelle aucune routine ne pourrait s’installer.

Pouvez-vous nous parler des défis que vous avez rencontrés en début de carrière et comment vous les avez surmontés ?

Le début de carrière se fait vers la trentaine. Il représente encore une étape du projet professionnel par rapport à l’internat. On devient responsable de ses interventions au bloc opératoire et de ses décisions en garde, même si l’on peut compter à tout moment sur l’aide de collègues seniors plus expérimentés. À cette période, j’ai poursuivi mes activités de recherche entamées à la fin de l’internat tout en complétant l’acquisition de mes compétences chirurgicales à la fois sur le plan technique et des indications. Tous les chirurgiens vous le diront, savoir quand ne pas opérer est une des compétences les plus longues à acquérir.

Carrière et réalisations

Pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel, depuis vos études jusqu’à votre poste actuel ?

J’ai eu la chance d’avoir un mentor dans la personne du professeur Olivier Sterkers qui a guidé très tôt ma carrière. Je m’étais décidé très tôt pour l’otologie, et les activités cliniques et de recherche de ce patron me passionnaient. Elles correspondaient complètement à ce que je rêvais de faire après mes études.
Après avoir obtenu mon doctorat de médecine, j’ai interrompu mes activités de soins pour réaliser 3 années pleines au laboratoire de recherche. Cela m’a permis d’avoir un doctorat de sciences nécessaire pour poursuivre ma carrière hospitalo-universitaire. J’ai ensuite pris les fonctions de chef de clinique à l’hôpital Beaujon puis j’ai suivi le transfert de notre service à la Pitié-Salpêtrière.
Après 4 ans de clinicat, j’ai pu être nommé maître de conférences des universités praticien
hospitalier (MCUPH) en 2016, et professeur des universités praticien hospitalier (PUPH) en 2019.

Quelles sont les principales interventions chirurgicales que vous réalisez, notamment en ce qui concerne l’otospongiose, la tympanoplastie et le cholestéatome ?

Au sein de l’ORL, je me suis surspécialisé en otologie, c’est-à-dire la prise en charge des pathologies en rapport avec l’organe de l’audition, et de manière plus générale les pathologies qui affectent l’os temporal, que ce soit l’oreille externe, l’oreille moyenne, l’oreille interne ou la base du crâne.
Les principales interventions chirurgicales que je réalise concernent l’oreille moyenne, avec la réparation de perforation tympanique, la reconstruction de chaîne ossiculaire endommagée, et la prise en charge de cholestéatome. Je réalise aussi la mise en place de dispositifs médicaux tels que des implants d’oreille moyenne ou des implants cochléaires avec le Dr Isabelle Mosnier.
Enfin, j’ai une activité de chirurgie de la base latérale du crâne essentiellement pour des schwannomes vestibulaires en binôme avec le professeur Michel Kalamarides, neurochirurgien.

Quelle a été votre motivation pour vous spécialiser dans la chirurgie robotisée de l'oreille ?

La chirurgie de l’oreille est une chirurgie effectuée essentiellement sous microscope voire sous endoscope. Elle concerne des structures anatomiques de petite taille, c’est une forme
de microchirurgie. Pour cette raison, la robotique, qui permet d’améliorer la dextérité physiologique du chirurgien, est une piste intéressante pour tenter de réduire les complications et d’améliorer les résultats des chirurgies de l’oreille. Ce qui m’a particulièrement intéressé dans la chirurgie de l’oreille par rapport à d’autres organes en ORL est qu’il est souvent nécessaire d’adapter sa stratégie opératoire en cours d’intervention en raison de la précision encore limitée de nos moyens d’imagerie et de planification. Malgré les progrès technologiques dans ce domaine, il nous est souvent difficile d’anticiper l’intégrité de la chaîne des osselets et sa mobilité, les limites précises d’un cholestéatome et ses relations par rapport aux structures neurosensorielles. Cela prévient le caractère répétitif d’une intervention par rapport à une autre.

Otospongiose et chirurgie
de l’oreille moyenne

Pouvez-vous expliquer ce qu’est l’otospongiose(de façon succincte) et pourquoi elle représente un défi en chirurgie ORL ?

L’otospongiose est une maladie qui va entraîner le remaniement de la capsule otique osseuse qui entoure l’oreille interne. Elle entraîne en règle générale une surdité de transmission par blocage des mouvements de l’étrier voire une surdité mixte s’il y a une extension vers l’oreille interne. C’est une pathologie relativement courante, avec environ 15 000 interventions par an. Il y a un risque de dégradation complète de la fonction de l’oreille interne avec une surdité totale dans 0,5 à 1 % des cas. L’enjeu est donc de pouvoir apporter davantage de sécurité au cours de cette intervention et d’améliorer les résultats auditifs.

Quelles innovations avez-vous introduites dans le traitement de l’otospongiose ?

L’otospongiose reste un modèle clé de la chirurgie de l’oreille moyenne car une grande partie du succès de la chirurgie repose sur la qualité mécanique de la reconstruction de la chaîne ossiculaire et de la dextérité nécessaire pour la reconstruire. Les travaux en cours ont pour but d’assurer la sécurité de la chirurgie et de réduire la courbe d’apprentissage.

Comment la chirurgie robotisée, comme avec le Robotol, a-t-elle amélioré les résultats pour les patients souffrant d’otospongiose ?

Une cinquantaine de chirurgies ont déjà été effectuées à l’aide d’une assistance robotisée afin de guider le laser utilisé lors de l’intervention. Cette première série de patients a été comparée à des patients opérés dans les mêmes conditions avec une technique conventionnelle. Cette première étude a permis de démontrer la sécurité du robot. L’étape suivante sur laquelle nous travaillons est la mise en place de la prothèse ossiculaire avec une assistance robotisée. Les résultats attendus à l’aide de la chirurgie robotisée sont une moindre mobilisation involontaire de la chaîne des osselets et un meilleur positionnement de la prothèse.

Innovations et projets de recherche

Vous avez co-dirigé l'équipe "Technologies pour la thérapie de la surdité" à l'Institut de l'Audition. Pouvez-vous nous en dire plus sur les objectifs et les projets en cours de cette équipe ?

Notre équipe de recherche, que je dirige avec le docteur Saaid Safieddine de l’Institut Pasteur, comporte deux thématiques fortes. La première est la mise au point de techniques chirurgicales innovantes pour l’audition, reposant en partie sur la robotique. La seconde est la mise au point de thérapies géniques pour traiter les patients, enfants et adultes, atteints de surdités d’origine génétique. Cette équipe de recherche est située à l’Institut de l’audition (Institut Pasteur, Fondation pour l’audition, Université Paris Cité), qui regroupe d’autres équipes travaillant de manière multidisciplinaire sur l’audition. Nous avons récemment élaboré le projet IHU Reconnect, qui vise à renforcer davantage les liens entre les chercheurs, les ORL, et de manière générale, toutes les professions de santé s’intéressant à l’audition et aux problèmes de communication.
Ces projets de recherche s’articule avec le Centre de Recherche en Audiologie de l’hôpital Pitié Salpêtrière dirigé par le Dr Isabelle Mosnier.

Parlez-nous de Robotol, ce robot dédié à la chirurgie de l'oreille moyenne et à l’implantation cochléaire. Quels sont les avantages de cette technologie par rapport aux méthodes traditionnelles ?

Il faut considérer le Robotol comme un outil d’assistance à la chirurgie. Il ne s’agit pas d’un robot au sens strict, mais plutôt d’un système téléopéré, donc toujours dirigé par le chirurgien. Il permet d’améliorer la dextérité en ralentissant les mouvements et en supprimant les tremblements. L’avantage de la machine est qu’elle peut intégrer toutes sortes de capteurs et d’informations venant de l’extérieur, sans risque de saturation lié à l’analyse humaine. Il est difficile d’imaginer un chirurgien traiter simultanément les informations provenant de 5 ou 6 écrans tout en se concentrant sur la chirurgie. Aujourd’hui, nous avons au bloc opératoire des capteurs capables de monitorer l’activité du nerf facial, l’audition, les systèmes de navigation et, à l’avenir, d’autres types d’informations.

Comment voyez-vous l'avenir de la chirurgie robotisée dans le traitement de la surdité et quelles innovations pouvons-nous attendre dans ce domaine ?

Le robot sert également aujourd’hui d’assistant à la chirurgie et pourrait, avec des développements futurs, permettre des gestes en profondeur dans le rocher, un accès mini-invasif vers les parties les plus profondes de l’os temporal, et permettre au chirurgien de voir à travers l’os grâce à la réalité augmentée. Nous avons aussi des projets de détection et traitement automatisé du cholestéatome avec l’équipe du professeur Laurent Tavernier du CHU de Besançon.

Impact
de vos recherches

Quels ont été les retours des patients qui ont bénéficié de la chirurgie robotisée avec Robotol ?

Les patients sont satisfaits pour la très grande majorité d’entre eux, et nous avons un lien de confiance avec eux qui n’est pas altéré par l’introduction d’une machine dans la relation patient – médecin. Certains patients viennent me consulter spécifiquement pour être opérés avec une assistance robotisée.

Comment vos recherches et innovations ont-elles influencé les pratiques chirurgicales en ORL à travers le monde ?

Ma contribution est avant tout celle de toute une équipe, qui comprend des ingénieurs de divers domaines, que ce soit de la robotique, de la mécanique ou de la programmation, des chercheurs ORL, ainsi que l’ensemble des équipes utilisant le robot, qu’ils soient chirurgiens ou infirmiers du bloc opératoire, apportant leurs retours d’expérience et suggestions pour améliorer le système.

Mentorat et formation

En tant que professeur, quel rôle joue le mentorat dans votre carrière ? Comment accompagnez-vous les jeunes chercheurs et chirurgiens dans leurs parcours ?

En tant que professeur, j’essaie de faire bénéficier mes jeunes collègues de l’accompagnement que j’ai eu la chance d’avoir par le passé. Je réfléchis avec eux à des thématiques de recherche ou des chirurgies qui les intéressent et les aide à les développer en stimulant leur créativité et leur capacité à résoudre les obstacles de la recherche.

Quelles sont les qualités que vous recherchez chez vos étudiants et collaborateurs ?

Les qualités que je recherche chez un étudiant ou collaborateur sont avant tout la curiosité, qui permet d’être toujours stimulé pour avancer et se remettre en question. Nous sommes formés au cours de nos études de médecine à faire la synthèse d’un problème afin de l’identifier et de permettre un diagnostic, puis d’appliquer des connaissances collectives pour mettre en route le traitement. Il est parfois nécessaire de penser en dehors du cadre, notamment avec des disciplines autres que médicales, pour améliorer la prise en charge de nos patients. Cela nécessite une ouverture d’esprit que je recherche chez les étudiants.

Perspectives futures

Quels sont vos prochains défis et projets de recherche ?

Je participe à deux projets financés par l’Agence Nationale de la Recherche en cours. Le premier, appelé Access, a pour but de robotiser l’implant cochléaire lui-même afin de diminuer les traumatismes intracochléaires lors de son insertion et d’améliorer son positionnement dans la cochlée. Le deuxième, appelé Tympabiom, a pour but de réaliser des greffes de tympans artificiels dans le cadre de l’otite chronique.

Quel message aimeriez-vous transmettre aux jeunes générations qui souhaitent se lancer dans le domaine de l’ORL et de la chirurgie robotisée ?

L’ORL est une spécialité riche sur le plan médical et chirurgical, qui comporte encore de nombreux défis à relever. Elle permet un épanouissement à la fois dans des carrières hospitalières et en libéral. C’est sans nul doute une spécialité d’avenir. La robotique, que ce soit en ORL ou dans d’autres spécialités, a déjà bouleversé le champ de la chirurgie. Il est beaucoup plus simple de s’adapter à de nouvelles techniques au début de sa courbe d’apprentissage, raison pour laquelle je conseille aux jeunes générations d’apprendre simultanément les techniques conventionnelles et les techniques robotisées, et non l’une après l’autre.

CONCLUSION

Comment nos lecteurs peuvent-ils suivre vos travaux et innovations ?

Les professionnels de santé peuvent suivre mes travaux sur des canaux conventionnels tels que les congrès d’ORL ou sur le site Internet de PubMed. Concernant le grand public, vous pouvez trouver des informations sur le site Internet du centre d’implantation cochléaire de la Pitié-Salpêtrière, la chaîne YouTube que j’anime avec le professeur François Simon appelée Otology in Paris, et enfin en vous connectant sur LinkedIn ! @yannnguyen

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